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Les 100km de Millau: retour runnosphérien sur la course
 
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Les 100km de Millau. Une course mythique. Une distance et un parcours historique. Un défi incroyable. Ceux qui la finissent accèdent alors au club très fermés des 100 Bornards. La Runnosphère en compte deux parmi ses rangs dorénavant: Giao et Philippe. Deux semaines après leur exploit, ils reviennent pour nous sur leur course.

Giao: 100km de Millau - le pont

Giao au 100km de Millau et son viaduc mythique

Runnosphère: Qu’est-ce que la course des 100km de Millau pour vous?
Philippe: Avant tout, c’est une légende. 40 ans pour un 100 bornes avec plus de 3 200 coureurs… beaucoup de courses voudraient en avoir autant. Et puis MILLAU, c’est comme New York pour un Marathon, si tu n’as pas couru ici, tu n’es pas un vrai 100 bornard! Pas de primes, pas de coupes, ni même de podiums. Mais tous les plus grands spécialistes de la distance rêvent de gagner cette épreuve.

Giao: S’il n’y avait qu’un seul 100 km que je devais courir, c’était celui-là. C’est le plus prestigieux. Quand tu parles de Chavannes, Blèves, on te demande « tu as fait Millau ? ». Genre si tu n’as pas fait les 100 km de Millau, tu n’es pas un vrai cent bornard…

 

Depuis quand vouliez-vous courir cette course? Comment a germé ce défi dans votre esprit?
Philippe: C’est venu après mon Nice-Cannes 2008. Je me suis mis dans la tête de faire la célèbre « Diagonale des Fous » pour mes 50 ans en 2012. Mais pour en arriver là, il me fallait franchir des paliers de plus en plus longs, pour voir si j’en était capable.
J’ai commencé par La Sainté-Lyon en 2009 (69kms); c’était bon. Puis je suis passé à MILLAU pour mon 1er 100 bornes en 2010; bien aussi ! La suite a été plus compliquée, mais ce n’est que partie remise 😉

Giao: Depuis que j’ai terminé mon premier marathon en 2009. J’en avais entendu parler pour la première fois par mon collègue et néanmoins ami Stéphane Réalé le Berrichon, qui en parlait déjà depuis plusieurs années. Pour moi, c’était impensable de le réaliser. Il fallait être un coureur d’exception, un marathonien chevronné, un empereur de l’asphalte et un guedin du bitume.

Comment s’est déroulée votre préparation?
Philippe: Très bien pour une fois, malgré mon début d’hernie inguinale ! J’avais pris le plan de 13 semaines que m’avait fait Bruno HEUBI en 2009. Et en plus, cette année, les chaleurs ont étés supportables chez nous.

Giao: Des amis bien intentionnés m’ont balancé tout un tas de plans déjà faits mais je me suis fié à mon instinct et aux conseils de cent bornards censés et pragmatiques. Il y avait May de Lyon qui m’a conseillé de m’essayer sur un ultra, une course d’au moins 50 km et ce fut l’Eco-Trail de Paris version longue. Elle m’a également dit de courir plusieurs fois par semaine jusqu’à un volume équivalent à la distance courue en une fois. Au début, mon corps avait du mal à supporter plus de 85 km. Mais j’ai pu monter une fois jusqu’à 105 km en une semaine. Cela restait une préparation insuffisante. Pour me préparer mentalement, je me suis mis à enchaîner des marathons comme certains font des sorties longues. Tout le monde me prenait pour un dingue mais tout ceci n’avait pour objet qu’un seul dessein: terminer Millau pour la 40ème édition alors que j’ai 40 ans.

Vous franchissez la ligne de départ, à quoi pensez-vous? Comment vous sentez-vous?
Philippe: Très gros stress avant le départ et puis plus rien, je suis totalement dans la course : serein et confiant ! De toutes façons, elle ne commence qu’au Marathon quand on ressort de la salle d’arrivée, alors…

Giao: Je suis serein car je sais bizarrement que je suis là pour aller jusqu’au bout. Je m’en fiche du temps, l’essentiel est de passer la ligne d’arrivée. J’ai tellement attendu ce moment que je ne vais pas gâcher mon plaisir, profiter de chaque kilomètre, discuter avec les gens, prendre un maximum de plaisir. Je suis heureux comme jamais car pleinement conscient qu’il y un avant et il y a un après Millau.

Philippe alias Calimero13990 au 100km de Millau

Philippe alias Calimero13990 au 100km de Millau

Qu’est-ce qui est le plus dur à gérer pendant la course? Les blessures, le mental, le physique, l’alimentation, l’eau, …?
Philippe: L’important pour moi, c’est d’avoir un accompagnateur qui vous suit, vous comprend mais surtout vous supporte. Il faut s’accrocher quand çà va mal et se calmer quand tout va bien ! Pas de soucis d’alimentation à MILLAU, il y a de tout et en grande quantité.

Giao: Quand on est blessé, on ne court pas. Pas chez moi en tous les cas, car cela obère ensuite tout son avenir sportif à long terme. Le mental est là surtout car j’avais fait L’Eco-Trail, un double marathon, je l’avais déjà fait. Et 20 km de plus, cela ne paraissait pas si dur. Le plus dur à gérer, c’était de se forcer à manger alors que l’on n’en a plus envie. On a surtout envie de se coucher, de se reposer mais on a besoin de force donc on mange sans réfléchir, en mâchant lentement sans y prendre aucun plaisir, ce qui est antinomique avec mon amour de la bonne chère.

100km, c’est long?
Philippe: Pas forcément, le plus dur c’est le gros dénivelé qui arrive après le 55éme km.

Giao: Les 70 km se passent bien, ce sont les 30 derniers qui sont interminables. On a faim, on a froid, on tient à peine debout et j’ai même vu un participant qui est parti dans le mauvais sens après un ravitaillement tellement il était fatigué.

Quels sont les moments importants que vous vivez pendant cette course?
Philippe: L’ambiance, incontestablement. Le partage et le soutien entre les coureurs (même les 1ers !). L’émotion de l’arrivée enfin, en sprintant comme un fou pour franchir la porte de la salle sous le chrono pour la photo.

Giao: L’arrivée du marathon où je commence à sentir l’usure. On est dans un faux plat montant et on croise ceux qui repartent pour faire les 60 derniers km. On peine, alors qu’ils sont faciles car ils sont en descente ! J’ai ressenti l’effet inverse quand ce fut à mon tour de croiser les marathoniens, alors que j’allais en direction du premier col.
Un autre moment important est quand je ressens un énorme coup de mou, je suis fatigué au 45ème km et mon coach et ami Waldy me dit que cela arrive. Je dois restaurer mon calme et ne pas me désunir afin d’attendre patiemment que la gagne revienne et que mes jambes se remettent à courir.

Le troisième moment qui me vient en tête c’est quand j’arrive en direction de Saint Afrique. J’ai terriblement mal aux jambes car le bitume ça tape dans les articulations et les muscles, mais j’ai verrouillé mon esprit sur une image mentale positive. Je m’y accroche et sans réfléchir, je me mets à courir et à gambader comme un lapin, à la grande surprise de mon suiveur, content de me voir reprendre du poil de la bête.

Giao court son premier "100km de Millau"

Giao court son premier "100km de Millau"

2 semaines après cette course, quelle est le souvenir que vous en gardez? Quel est le meilleur souvenir? Quel est le pire souvenir?
Philippe: Le meilleur : d’avoir utilisé des forces insoupçonnées pour m’en sortir quand j’étais à la rue. Les rencontres avec des gens connus ou inconnus que seuls des moments comme çà peuvent vous faire vivre.
Le pire : en larmes et au bord de l’abandon au passage du Marathon, et encore plus au 55éme devant mes proches et mes amis.

Giao: Le meilleur souvenir, c’est quand je croise Lapinou de Kikourou qui termine soulagée son marathon en larmes, que je la serre dans mes bras et qu’elle me dit « allez-y, les gars vous êtes fabuleux ! » pour m’encourager.
Le pire souvenir c’est quand j’ai froid, j’ai faim, j’ai mal aux pieds, aux articulations et j’entends des voitures passer à côté de nous. Je me dis qu’il suffit de lever le pouce et je mets fin à mon calvaire pour faire les derniers kilomètres au chaud. Mais je me reprends et continue par la seule force de la volonté. Les jambes sont sans force mais la tête veut avancer, tout le corps suit.

Vous le referez?
Philippe: Incontestablement ! C’est prévu pour 2013 (j’ai une promesse à tenir en 2012 !)

Giao: En 2012!

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui voudraient vous suivre, et participer aux 100km de Millau 2012?
Philippe: Le prendre comme un moment exceptionnel et surtout, ne pas pour faire un chrono !

Giao: Courir sans arrêt, s’entraîner beaucoup plus dur que ce qu’ils croient être suffisant car l’épreuve et très très difficile, plus dure que l’on pourrait l’imaginer.

Quelque chose à ajouter?
Philippe: Tu pleures à chaque fois un peu plus quand tu finis ta 1ère course, puis ton 1er Semi, puis ton 1er Marathon. Imagines ce que tu ressens quand tu finis un 100 bornes comme MILLAU !!!

Giao: Merci à Runnosphère de nous donner l’occasion de témoigner de ce fantastique voyage au bout de ses propres limites.

Philippe alias Calimero13990 au 100km de Millau

Philippe alias Calimero13990 au 100km de Millau

Commentaires (8)
Trackbacks (1)
jp75018
lundi 10 octobre 2011, à 15:14
Merci pour ces 2 très beaux témoignages, et bravo encore à Giao et Philippe!
Possible que je refasse Millau en 2012, on verra le calendrier, sinon ça sera 2014.
calimero13990
lundi 10 octobre 2011, à 15:39
Sympa l'interview croisée qui nous fait revivre ces moments forcément exceptionnels;-)
A faire et à refaire encore même si c'est dur!
Merci à Greg et à la Runnosphère;-))
Julien
lundi 10 octobre 2011, à 17:17
bravo à tous les 2 pour cette énorme aventure et ces récits croisés très sympathiques !!

PS : le cuissard rose, ça se trouve dans le commerce ? :)
Sébastien
lundi 10 octobre 2011, à 21:44
Bravo, vous êtes des stars! Je suis très admiratif de votre prouesse et de la sérénité avec laquelle vous en parlez, c'est beau!
calimero13990
lundi 10 octobre 2011, à 22:52
@Julien :

Oui mais il faut chercher loin!

La tenue vient d'Allemagne et elle à toujours un énorme succès, je la remets dimanche à Montpellier;-))
Coach sportif
mardi 11 octobre 2011, à 10:44
Gros mental pour ces athlètes, chapeau!
Sandrunning
samedi 12 novembre 2011, à 13:14
Très belle interview ! Bravo à tous les 2, cette expérience devait être magnifique !!
Daniel
mardi 29 novembre 2011, à 00:42
Bravo, franchement inspirant! Ça donne le goût d'essayer l'ultra, juste en vous lisant!
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