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Doune, le coureur du Chablais
 
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La Runnosphère regroupe des coureurs-blogueurs de multiples horizons : les amoureux du bitume côtoient les croqueurs de D+, les multi-sportifs de longue date rencontrent ceux qui viennent juste de tomber dans la marmite de la course à pied. La rubrique « portrait » de la Runnosphère vous les présente : toutes les deux semaines, un membre de la Runnosphère interviewe un autre membre de la communauté.

Un finisher de l’UTMB 2013

Damien Deville, alias Doune, a couru l’UTMB 2013 : 168 km en montagne pour 9 600 mètres de dénivelé. Finisher de l’UTMB en 42h12, voilà qu’il vient d’atteindre à l’aube de ses 30 ans l’un des grands objectifs sportifs de sa vie. Quelques jours après cette aventure, réalisée avec l’assistance « 6 étoiles » de Cécile Bertin et de son frère, il garde de cette expérience une myriade de sentiments et d’images partagées. « Mon meilleur souvenir ? L’arrivée bien sûr, avec mon frère et Cécile qui court me faire la bise sur la ligne. J’ai mis plusieurs minutes à m’en remettre… je ne savais plus où j’habitais ! »

Doune habite au bord du Lac Léman et au pied des montagnes. Après 3 ans passé à Paris pour raisons professionnelles, il est retourné vivre dans son Chablais natal. Un terrain d’action qui ne le limite pas à une seule activité sportive et « tant que ça tourne autour des sommets », il se lance : trail, ski-alpinisme, vélo et raid multisport. « Je suis persuadé que pour durer dans le sport, faut toucher un peu à tout. Je veux dire, j’ai essayé du temps où je vivais à Paris de me focaliser sur la course à pied, après 6 mois, j’en avais vraiment marre et j’avais envie de tout plaquer pour autre chose. De plus, les petites blessures s’accumulaient… Là, je coupe 6 mois l’hiver pour faire du ski et les mois de l’été se passe en balade dans la montagne à pied ou sur un vélo, et c’est super pour mon équilibre. Les performances sportives ont été un peu mises de côté car je préfère grandement partager une sortie avec une personne que j’apprécie plutôt que de courir après un chrono. »

D’ailleurs son prochain objectif à long terme n’a rien d’une « grosse balade » (comme il appelle l’UTMB !) en chaussures de course. « Mon prochain rêve, il date d’avant celui de l’UTMB… C’est la patrouille des glaciers. C’est une course de ski alpinisme pas très reconnue hors de la Suisse mais en Suisse, le pays de la montagne, c’est LA course mythique d’endurance. Elle a lieu tous les 2 ans, en 2014 et après… personne ne sait. »

Du fond de classement au sommet de soi-même

Damien n’est jamais là où on pense l’attendre. Il n’a d’ailleurs pas toujours été d’attaque : dès l’enfance, l’asthme se mêle de la partie mais son tempérament battant prend le dessus. « Mon plus ancien souvenir de course date de l’école primaire, là où j’avais des gros problèmes d’asthme et de souffle… Je finissais dans les derniers à chaque fois (sauf en CM1 et j’ignore encore pourquoi… j’avais fini 45ème aux championnats départementaux après 2 sélections). »

C’est ainsi, hors des sentiers battus et au-delà de toute idée en apparence raisonnable, que Damien se retrouvera en chaussettes pendant 3 kilomètres durant l’UTMB. « En bas de la montée, je commence à avoir une gêne au niveau de la hanche gauche. Je pense d’abord à mon short trop serré, au porte-dossard alors je fais de la place en desserrant le tout au maximum. Puis, plus loin dans la montée, la douleur devient vraiment trop forte. Ça en devient limite impossible de poser le pied par terre. Parfois, cependant, ça fait pas mal du tout. Je ne pige pas alors je cherche une solution. Après avoir tout tenté, je décide d’essayer sans les chaussures et là, la douleur disparaît presque totalement. Alors je jette les chaussures dans une poubelle. Me voilà donc en chaussettes pour les 3 kms restants jusqu’à Champex. Ça pique un peu la voûte plantaire mais honnêtement ça va ! » Ça va, mais c’est l’UTMB quand même, mon gars ! C’est dans ce type de moment hors du temps que l’accompagnement prend alors toute sa valeur : Cécile a dans sa musette une paire de chaussures de rechange, ce qui lui permettra de reprendre la route.

Élévation du sol, naturelle et très importante…

Pour aller plus loin dans le portrait de Damien, j’ai voulu entendre ce qu’il pouvait nous dire de cet élément qui, comme la voûte étoilée, nous fait relativiser notre place d’être humain sur cette toute petite planète, j’ai nommé la montagne. Le Larousse donne cette définition de la montagne : « Élévation du sol, naturelle et très importante. Région de forte altitude, et en particulier lieu de séjour en altitude, pour le repos, les vacances ou le sport. » C’est un peu limité, non ? Tendons l’oreille vers les rives du lac Léman…

« Une montagne, quelle qu’elle soit, est un tas de cailloux. C’est un fait. Plus ou moins haut certes, je n’irai pas plus loin dans mes réflexions concernant le pic Saint-Loup ou le Mont Valérien. Tout est question de référentiel. Chaque pays défini une altitude minimale pour considérer que ce qui est au-dessus est une montagne : 500 mètres en Allemagne, tout ce qui a plus de 80 % de sa surface au-dessus de 600 mètres en Italie par exemple. Une montagne a un pied, et on ne peut pas le lui couper ! 😉 Il faut prendre la montagne comme un tout, la base, la pente, et le sommet. Pour moi, une montagne se distingue d’une colline ou d’une butte par un rapport « altitude / raideur de la pente » sans pouvoir définir clairement une valeur limite. Voilà pour mon point de vue « scientifique ».

La montagne et l’humain

« Il y a aussi le point de vue « humain »… Cela me rappelle une remarque récurrente faite par notre guide lors d’un voyage en Équateur. A chaque fois que nous passions en ville et que l’on faisait des courses (pour manger principalement), il disait « On n’a pas besoin de ça, on est des montagnards ». Il y a un état d’esprit montagnard qui, en caractérisant les gens qui y vivent, décrit aussi la montagne. L’autarcie relative, la rudesse du climat, la difficulté à se développer rend l’homme différent de l’homme des villes (ou de la plaine). Les notions de respect, d’entre-aide, d’humilité, de travail, de partage font partie des traits des montagnards, du refus du superflu aussi. On dit que le Savoyard jette l’argent par les fenêtres, de l’extérieur vers l’intérieur… Aussi, le chamoniard appelait « Monchu » l’homme qui venait de la ville, désignant en terme très péjoratif le citadin embourgeoisé qui se targue de sa supériorité envers le petit peuple. »

Celui qui grimpe

« Il y a aussi un point de vue « celui qui grimpe… » On pourrait aussi dire, pour ceux qui gravissent les montagnes, que la montagne, c’est un gros tas de souffrance, ou encore un tas d’arrogance, un tas d’ignorance, un tas d’égoïsme, un tas d’imbéciles qui montent sur une bosse… un tas quoi !

« Lorsque l’on monte « tout là-haut », ce que je retiens avant tout, c’est le partage et l’émotion, peu importe le rythme mis pour atteindre le sommet. Au diable les m/h et autres tentatives de record. C’est ce partage qui me fait revenir différent, les deux pieds sur terre. Le reste n’est que mensonge ou vanité. Parce que là-haut, quoiqu’on en dise, quelle que soit l’altitude, il devient difficile de se mentir ou de se cacher derrière des prétextes fallacieux.

«Mais alors pourquoi monter là-haut ? Question lancinante, récurrente, que de nombreuses personnes me posent. Il est difficile de faire accepter que je ne recherche rien d’exceptionnel là-haut. Juste partager une expérience, une aventure, une amitié, une relation avec quelqu’un… et un bout de caractère, une partie d’un édifice qui mis bout à bout me fait me sentir « moi-même ». Tout le reste, tout le baratin n’est fait que pour se justifier, pour faire comprendre l’incompréhensible.

«Et ce que je regrette le plus… c’est que la montagne est devenue un stade, un faire-valoir, un article de plus dans la colonne des faits divers des journaux, surtout concernant la haute-montagne. Pour la montagne à vache, c’est devenu des stations de ski l’hiver, des stations de trails l’été et les gens vont en montagne comme on irait chez Mickey le samedi après-midi. Jean-Francois Mattei, un comique local disait « Le parisien est extraordinaire, ils connaissent tout sur tout, ils ont tout vu, ils ont tout faits. Moi je dis toujours vindieu: mais heureusement qu’ils viennent chez nous chaque année pour nous expliquer là où on habite. Ah, ils connaissent tout sur les montagnes, la météo, les avalanches et nous on va les rechercher… »»

Soulever des montagnes ou passer par-dessus ?

Le physicien Hubert Reeves a dit un jour : « A quoi bon soulever les montagnes quand il est si simple de passer par-dessus. » Est-ce que la course, le ski, la rando, bref, le rapport quasi-quotidien à la montagne, l’aide à affronter les petits et grands soucis de la vie ?

« Malgré ma mini-grande gueule apparente, je suis quelqu’un de très timide et plutôt réservé. Le gars transparent dans les soirées parisiennes quoi, alors ce rapport quasi-quotidien à la montagne ne m’aide pas vraiment à affronter mes petits et grands soucis dans ma vie, mais plutôt à trouver une alternative, une échappatoire à toute cette vie individualiste, « m’as-tu vu » et touti-quanti qui tend à s’imposer. A travers la course, le ski, la rando, c’est le partage que je recherche… partage à « nu » dû à la rudesse de l’effort et beauté des paysages. Après, oui, clairement, mes principales qualités que sont la persévérance, travailleur et un peu « butté d’esprit » vont très bien avec la course, le ski … et  dans la vie, ça aide à ne pas laisser tomber quand il y a deux-trois difficultés. Je lâche déjà rien pendant les courses alors le reste du temps, l’abandon ne fait pas partie de mon vocabulaire. »

Doune, du tac au tac

Et le bitume, plus jamais ça ?

Faut jamais dire jamais, j’ai fait le pari avec mon co-raideur que moi aussi je serai capable d’un MD3 (moins de 3h) sur marathon. Et puis je fais toujours un ou deux 10 kms par ci, par là sans entrainement spécifique à l’automne.

Tu cours dans les montées ou tu marches ?

Tout dépend des parcours et de la distance, la plupart du temps je marche parce que les pentes sont bien bien raides mais si j’en ai l’occasion et que le terrain s’y prête, je cours, quitte à exploser en haut, c’est pas grave !

Quelle est ta technique pour les descentes ?

J’essaie de limiter l’oscillation verticale du centre de gravité alors je fais plein de petits pas en jouant avec le terrain sans chercher à freiner le mouvement du corps, le buste un peu en avant. Comme ça, j’évite de fatiguer les cuisses pour rien et ça permet de récupérer dans la descente. Vincent Delebarre a la même technique qu’il image par « imaginez-vous courir sur de la lave ».

Que manges-tu et que bois-tu en course ?

Vaste question… sur des courses longues j’ai bien le mélange « coca + eau gazeuse » même si ça fini en spray dans les bidons… sinon de l’eau bien sûr ! Côté nourriture, j’ai un faible pour la compote et les bonbons coté sucré et jambon sec / viande des grisons pour le salé.

As-tu un rituel d’avant course ou d’après course ?

Celui de toujours préparer mes affaires au dernier moment, ce qui m’a valu d’oublier mon sac de course pour le trail des allobroges cette année et la moitié du matériel obligatoire pour le Salomon Zugspitze Ultratrail.

Quel est le bouquin actuellement posé sur ta table de chevet ?

Puissance et performance en cyclisme de Fred Grappe.

Son récit de l’UTMB

Son UTMB en chiffres et graphiques

Le récit de Cécile

 

Commentaires (3)
Trackbacks (0)
Running Sucks
mercredi 18 septembre 2013, à 09:55
Merci pour ce très beau portrait vraiment intéressant et qui rend ce coureur encore plus attachant (et impressionnant, mais j'ai pas l'impression que ce soit son moteur).
Karo74
jeudi 19 septembre 2013, à 13:58
j'ai suivi sur facebook son utmb grâce à Cécile ! Mais quelle aventure !!!
Très joli portrait !
Lolotrail
samedi 2 août 2014, à 17:43
Doune, je profite de cet été pour lire les portraits que je n'avais pas encore vu. Il faut qu'on se croise l'ami, je pense qu'on a pas mal de points en commun! Un retour sur Cham' fin août?
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