Portrait
Interview de Valessa Oliveira – Détentrice du record du monde de semi-marathon avec une poussette
 
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Il est de ces personnes humbles et performantes que l’on aime suivre et parfois croiser de façon fugace sur les réseaux sociaux du running. Parmi elles, Valessa Oliveira que j’avais croisée dans le car de Lyon vers Saint-Etienne lors d’une de mes deux SaintéLyon. Elle vient de réaliser une performance au semi-marathon de Lège – Cap Ferret en parcourant la distance en 1h30m17s avec une poussette et sa fille à l’intérieur. Découvrez une fille attachante et passionnée.

 

Runnosphère : Bonjour Valessa ! Qui es-tu et que fais tu dans la vie ?

J’ai 35 ans. Je suis maman de 3 enfants âgés de 10, 3 ans 1/2 et 21 mois. Je suis gestionnaire de base de données et actuellement en congé parental pour ma dernière.

 

Peux-tu nous décrire ta carrière de coureuse sur route et trail ? quand as tu commencé à courir et quels étaient tes premières perfs ?
J’ai commencé la course en 2001. J’étais alors encore étudiante et c’était un moyen pas cher de me défouler un peu. J’ai de suite aimé le trail tout en essayant quelques courses sur route comme les semi. Sur mon premier (et un des seuls) j’avais réalisé 1h54. Je n’aimais pas le bitume. Je me blessais régulièrement. J’ai donc choisi les trails puis les trails longs: Saintelyon, Eco Trail de Paris 50k, Viaduc des Fauvettes 50k, Marathon du Pays Basque (42k et 3000m D+). Puis les grossesses se sont succedees et j’ai alors choisi des formats de course plus courts et sur route cette fois. J’ai fait mon 1er marathon l’an dernier 7mois après la naissance de ma 3ème.

 

On te voit souvent ces derniers temps courir avec ta poussette et ton petit bébé, c’est une envie de partager les entrainements avec ton petit bout ou suite à une lassitude de courir seule ou bien encore une obligation ?

J’ai commencé le run poussette avec mon fils il y a 10 ans puis avec ma première fille il y a 3 ans et aujourd’hui avec ma dernière. Pour les 3 c’était l’envie de partager et de partir à la découverte du monde extérieur qui m’animait. Jamais cela n’a été une obligation. Certes c’est un moyen de concilier ma vie sportive et familiale, mais ce nest pas le but premier. Ma dernière est toujours heureuse d’y aller. Après quelques sorties à la sensation, je me suis essayée au fractionné. C’est un exercice compliqué mais avec de la volonté on peut y arriver. En décembre on a participé à un 10k avec plein de père noël. Ma puce avait adoré. L’idée du semi est venue au cours des sorties fractionné en fait. Sachant qu’elle avait aimé notre 1ere compétition je me suis dit que 21k de piste cyclable du côté de la presqu’île du Cap Ferret ça pouvait être sympa!

 

Quel plaisir t’apporte le fait de courir avec ta poussette, tu n’es pas trop gênée ? Comment gères-tu les montées et les descentes ? cours-tu par tous temps et tous terrains ?
J’ai la chance de courir avec une poussette parfaitement adaptée à la course: la bugaboo runner. Néanmoins, courir avec une poussette requiert une bonne sangle abdominale. Il faut veiller à gainer et pratiquer régulièrement un peu de renforcement musculaire. Depuis le temps que je cours avec une poussette j’ai appris à ne plus avoir recours aux bras. Et je compense justement par les abdominaux. Les montees sont tout aussi compliquées à gérer physiquement que les descentes. Je suis tout en force et j’ai tendance à me raidir parfois. Courir avec une poussette demande un certain relâchement mais avec de la patience j’y parviens! Je cours essentiellement sur les pistes cyclables juste à côté de ma maison. Et j’ai de la chance car le terrain de jeu est presque infini avec plus de 150km ! J’évite les terrains trop accidentés même si la poussette est adaptée pour le faire.
Quant aux conditions climatiques, rien ou presque ne nous arrête : pluie, froid, et même le vent n’ont jamais été des obstacles. Ma fille est entièrement couverte et protégée. Alors je sais que ça peut paraitre un peu atypique mais outre Atlantique courir par tous les temps avec un, voire deux bébés font partie du paysage quotidien. J’espère que les mentalités évolueront sur notre Hexagone.

 

Retour sur ta performance extraordinaire du semi-marathon de Lège Cap Ferret, comment as-tu pu partir avant tout le monde et non avec le peloton, tu as touché un mot avant aux organisateurs ? Tu avais un objectif particulier ? Sur tes séances de VMA on te voit aller très vite avec ton bébé mais là tu as surpris tout le monde en faisant du 14 km/h et même 15 km/h sur certains kilos !

Bien avant de m’inscrire j’avais écris à l’organisation que je connais pour sa sympathie et son bon esprit. On a évoqué le parcours ensemble et conclu que la poussette était la bienvenue. Sur la ligne de départ on m’a proposé de partir deux minutes avant le peloton, afin de me permettre de partir sereine sans gener ni être gênée. Encore merci à David Le Goff l’organisateur de cette superbe course , pour ce départ « de luxe ». J’ai juste reçu quelques coups de pressions des coureurs derrière qui m’annonçaient des chronos un peu fous!
Mais dans ma tête, je voulais aller chercher les 1h30. Sur nos entraînements j’avais bien imprimé le rythme, au prix de gros efforts et de quelques belles contractures. (A ceux qui pensent que courir avec une poussette est facile comme j’ai pu le lire, je les invite à s’entrainer avec régulièrement…)
J’ai vite pris conscience des difficultés du parcours. On a dû passer de belles côtes, qui m’ont obligée à revoir ma vitesse à la hausse sur le plat. Si on voulait décrocher le chrono souhaité, c’était la seule tactique possible

 

A part la course, fais-tu d’autres disciplines sportives ? travailles-tu ton mental avec du yoga ?
Je fais un peu de vélo pour récupérer et éliminer l’acide lactique les jours de fractionné. Et puis je vais nager de temps à autre pour relâcher.
Je ne fais pas de yoga mais un peu de sophrologie en même temps que mes exercices de musculation du perinee. Parce que c’est essentiel de le travailler si l’on veut continuer à courir surtout après 3 enfants. Mesdames, pensez-y!’

 

Tu as un coach ou bien tu te fais tes entrainements personnalisés toute seule, quand décides-tu de courir avec ou sans ta poussette ?

Je n’ai jamais appartenu à un club ni jamais eu d’entraîneur. Je travaille beaucoup à la sensation. Durant des années j’ai aimé courir lentement parce que cela correspondait à mes envies de pratiquer le trail long. Mais en revenant à des courses plus courtes sur route, je me suis prise au jeu de la vitesse et du fractionné, que je peux pratiquer plusieurs fois par semaine en période de prépa.

 

Au niveau des capacités sportives, c’est de famille ? Tes enfants t’accompagnent-ils pendant tes sorties ? Vas-tu tenter un marathon ?

Non je n’ai hérité d’aucun gènes d’athlète! Par contre, on m’a transmis le goût de l’effort, la volonté, la détermination et le courage, pas forcément dans le domaine sportif. Mais toutes ces leçons, je les applique aujourd’hui dans la course à pied que je considère d’ailleurs comme une belle métaphore de la vie!
Mon fils m’accompagne parfois en vélo mais cela reste rare. Ma fille de 3 ans aimerait courir mais il lui manque quelques années! Il me tarde!
J’avoue le marathon en poussette me tente mais je ne suis pas sûre d’être prête. Mais qui sait…

 

Merci à toi pour le temps passé avec nous, ton mot de la fin pour conclure ?
Je voulais juste rajouter, notamment aux mamans et futures mamans qui me lisent, qu’il faut croire en soi. Une naissance est un vrai tsunami physique mais aussi psychologique. Après une grossesse, la course est un moyen de reprendre confiance et possession de son corps . Et courir avec son enfant, c’est créer un lien unique et magique.
J’espère voir de plus en plus de parents s’adonner aux joies du runs poussette et inciter les organisateurs de course sur route à leur faire une petite place!

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